Déclaration de la CFDT faite lors du dernier comité stratégique de la filère ferroviaire du 5 décembre 2016 à Bercy

reseau

Monsieur le Secrétaire d’Etat chargé de l’Industrie,

Monsieur le Secrétaire d’Etat en charge des Transports, de la Mer et de la Pêche,

Monsieur le Président de la Fédération des Industries Ferroviaires,

Mesdames  et  Messieurs  les  membres  et  participants  du Comité Stratégique de la  Filière Ferroviaire,

En tant que représentant syndical CFDT pour le Comité Stratégique de la  Filière Ferroviaire, je souhaite tout d’abord saluer les décisions publiques récemment prises sur certains dossiers industriels majeurs concernant notre filière, notamment sur les commandes de TGV, ce qui me conduit à revenir sur les  évènements d’Alstom Belfort survenus il y a maintenant deux mois.

Rappelons dans un premier temps que le site de Belfort est le seul site en Europe qui fabrique des locomotives et des motrices TGV. De plus comme vous le savez un emploi chez un constructeur induit deux emplois chez les équipementiers et un à la SNCF.

Quelles que soient les critiques qui aient été émises concernant les annonces du 4 Octobre à Belfort, ces annonces ont quand même eu pour avantage de maintenir les activités ferroviaires à Belfort, ne serait-ce qu’à moyen terme…, et nous savons que ce n’est qu’une première étape pour pérenniser la filière.

Que dire des critiques émises vis-à-vis des ouvriers d’Alstom Belfort qui laissaient entendre qu’on accordait « un million d’euros » par salarié… (sic) alors qu’il s’agit de sauver ni plus ni moins que l’un des fleurons historiques et novateurs de l’industrie ferroviaire en France.

De fait, le risque était, si l’on ne faisait rien, de voir simplement disparaître de notre paysage patrimonial industriel une compétence humaine et une expertise, issues d’un savoir-faire générationnel de plus de 130 ans, à savoir celle de la conception et de la fabrication de locomotives; il ne fallait donc pas qu’un creux de charge conjoncturel de deux années se transforme en trou noir et vienne anéantir un héritage industriel pour nos générations futures.

Mais évitons tout triomphalisme : l’annonce des 15 TGV pour la ligne Bordeaux Marseille, les 6 TGV italiens et les 20 locomotives de manœuvre ont simplement permis au site de Belfort de combler le creux de charge à passer avant l’arrivée du TGV du Futur.

Malgré ce succès,  nous sommes pleinement conscients que le problème de fond se situe en amont de nos dossiers industriels, à savoir « la Bataille du Rail » dans notre pays qui n’est pas terminée, mais que nous sommes déterminés à gagner.

Pour le moment, il serait prématuré de dire que la filière ferroviaire et tous ses emplois associés sont sauvés sur le long terme. Cette bataille du rail passe par l’instauration d’une volonté claire et nette de l’Etat de créer des conditions optimales pour que la filière ferroviaire reparte sur des bases à la fois assainies et dynamiques.

C’est à l’Etat d’assumer son rôle : celui d’être stratège dans le développement des modes de transports publics et communs dans une volonté forte de vivre le développement durable au-delà des mots !

Aussi, ne pouvons-nous que regretter l’absence de relance du fret ferroviaire ; en effet nous devons aussi tenir compte de tous les enjeux de la loi de transition énergétique et tous les objectifs de la COP21 et à présent ceux de la COP22 pour réhabiliter une activité industrielle délaissée, celle notamment du ferroutage.

Pour le moment, sur le terrain, nous ne décelons aucune volonté réelle et manifeste des pouvoirs publics de développer le fret ferroviaire en France. Ainsi malgré la « conférence fret » lancée par le ministre Alain VIDALIES et dont les travaux avaient débouché sur des propositions intéressantes, rien n’a bougé au niveau de l’Etat ; alors même que le potentiel est bien là (pour mémoire fret ferroviaire en 2015 : en France 32 Milliards de t/km et en Allemagne 114 Milliards de t/km). C’est un manque à gagner de 40 à 50 locomotives et de plusieurs centaines de wagons par an, sans compter la maintenance associée, qui aurait pu profiter au site de Belfort ainsi qu’à ses fournisseurs équipementiers.

Plus généralement, il y a bel et bien un avenir pour la filière ferroviaire en France. Nous devons inscrire notre politique publique dans une démarche de responsabilité sociale et environnementale (RSE) dont cette filière ferroviaire devrait être précisément l’un des piliers.

Oui, nous souhaitons que l’Etat soit « stratège » et anticipe aussi par exemple les conséquences sur le Ferroviaire de la mise en place du nouveau découpage régional.

L’Etat a fait le choix de privilégier le transport routier avec la loi Macron et en supprimant l’écotaxe.

Or ce n’est pas en poussant les opérateurs ferroviaires et les régions à transférer leur marché sur la route qu’on sauvegardera la filière industrielle ferroviaire.

Nous pensons également que la SNCF doit assumer son rôle de champion du ferroviaire et redonner une véritable priorité à son cœur de métier historique qui est profondément son ADN à savoir celui d’opérateur ferroviaire.

La CFDT tient également à exprimer son inquiétude sur la viabilité à moyen terme du système de transport ferroviaire public, en particulier celle de SNCF Réseau.

Avec une dette (issue des décisions des différents gouvernements successifs) désormais supérieure à 44 milliards d’euros et qui s’accroît de plus de 2 milliards d’euros/an, la CFDT considère que la dette de cet EPIC qui est la pierre angulaire du système ne pourra être amortie :

  • Ni par les seuls gains de productivité annoncés dans le cadre de la réforme ferroviaire,
  • Ni par une réforme du cadre social quelle qu’elle soit.
  • Ni par la seule ouverture à la concurrence.

C’est pourquoi la CFDT continue de revendiquer auprès des pouvoirs publics (Parlement et Gouvernement) les seules solutions de courage qui s’imposent pour l’apurement de cette dette et le financement structurel du système ferroviaire.  La CFDT demande en urgence des mesures propres à sécuriser  l’économie du groupe public ferroviaire par la passation avec l’Etat et, en contrepartie de contrats d’objectifs et de performance précis et ambitieux.

La CFDT attend de l’Etat et des industriels que ceux-ci créent des conditions favorables à une redynamisation du système ferroviaire français, à une continuité de la capitalisation des compétences et à une capacité de renouvellement de l’offre à long terme, en l’absence de laquelle il serait difficile d’imaginer que notre filière industrielle puisse avoir un réel avenir.

Nous devons faire en sorte, en particulier dans le cadre du Comité Stratégique de la Filière Ferroviaire avec tous les acteurs de la filière, avec, outre la SNCF, la FIF, les constructeurs ferroviaires et les équipementiers de la Filière, les clusters, les IRT… et bien sûr l’ensemble des partenaires sociaux, que la stratégie industrielle proposée soit pleinement partagée et portée par l’Etat pour pérenniser l’outil industriel ferroviaire déjà dans le territoire hexagonal !

Pour  les  industries  cycliques  comme  les  nôtres  subissant  des  creux  de charges d’activité, investissons également dans les hommes avec des grands programmes de formation  qui  permettent alors  d’absorber  ces  creux  de  charge dans le cadre, par exemple, d’une véritable GPEC pour la Filière.

N’ayons pas peur de mettre en place de grands projets ambitieux pour le ferroviaire dans le cadre  de la loi de transition énergétique et des objectifs de la toute récente COP 21 (et COP 22). Si nous ne faisons pas cela, alors et malheureusement, Belfort ne sera que le premier d’une longue série de dossiers industriels dramatiques et dont le traitement à chaud sera d’autant plus complexe et couteux et, au-delà, nous finirons par perdre cette « bataille du rail » que nous voulons à tout prix gagner. La France a un véritable avenir ferroviaire et c’est ensemble, et en particulier aux côtés de l’Etat Stratège, que nous serons au rendez-vous

Voici en quelques mots la vision CFDT sur la Filière Ferroviaire, son avenir et son devenir !

Je vous remercie de votre attention.

Patrick DE CARA
Représentant CFDT au Comité Stratégique de la Filière Ferroviaire