Alstom Belfort : “Une victoire de l’action syndicale”

alstom-belfort-manifestationL’activité du site Alstom de Belfort sera maintenue : l’État et le groupe s’y sont engagés. Au-delà de la victoire syndicale, la CFDT alerte sur la nécessité de définir une stratégie de filière de moyen terme. Avec la relance du ferroutage en ligne de mire.

En un mois, la situation du site Alstom de Belfort a changé du tout au tout. Abandonné le projet de restructuration annoncé le 7 septembre qui visait à transférer, d’ici à 2018, l’ingénierie et la production de son site de Belfort vers celui de Reichshoffen, en Alsace, soit 400 des 480 emplois du site. « C’est à l’État de se mobiliser », avait souligné Laurent Berger après la mobilisation des salariés de l’ensemble du groupe. Un appel entendu. Le 4 octobre, le secrétaire d’État à l’Industrie, Christophe Sirugue, et le PDG d’Alstom, Henri Poupart-Lafarge, ont annoncé un « plan de maintien des activités ferroviaires et industrielles à Belfort », qui conjugue commande publique et engagements du groupe.

 

Multiples engagements

 

Concrètement, « par anticipation de l’arrivée des lignes à grande vitesse Bordeaux-Toulouse et Montpellier-Perpignan, l’Etat commandera 15 rames TGV Euroduplex pour équiper la ligne Intercités Bordeaux-Marseille ». Il confirmera par ailleurs « avant novembre 2016 la commande de 30 rames Intercités ». La SNCF est également mise à contribution avec la commande de 6 rames TGV pour la ligne Paris-Turin-Milan et 20 locomotives destinées au secours des trains en panne.

De son côté, Alstom s’engage à investir 40 millions d’euros au total dans son usine franc-comtoise : 30 millions pour le développement et la production d’un nouveau modèle de locomotive de manœuvre hybride ou diesel ; 5 millions d’ici à 2019 pour moderniser les ateliers de maintenance ferroviaire du site de Belfort, avec l’objectif d’employer 150 salariés à terme sur cette activité (au lieu de 80 actuellement) ; 5 millions d’euros supplémentaires « pour accompagner la diversification du site d’ici 2020 » et l’orienter vers d’autres types de trains, mais aussi de véhicules routiers, notamment le bus électrique.

Au final, le groupe et l’État, par le biais de l’ADEME (Agence de maîtrise de l’énergie), consacreront 30 millions d’euros supplémentaires au développement du TGV du futur, dont les premiers exemplaires sont attendus en 2021, à cela s’ajouteront 30 millions pour la plate-forme H4, 5 millions pour le centre européen de maintenance et 5 millions pour la diversification (E-Bus) soit au total 70 millions d’euros supplémentaires.

 

Vigilance sur l’application des annonces

 

« C’est une bonne nouvelle pour le site de Belfort », a réagi la CFDT-Métallurgie par la voix du secrétaire national Denis Zuzlewski. « C’est une belle victoire du point de vue syndical, abonde Patrick de Cara, délégué syndical CFDT d’Alstom Saint-Ouen (siège social). On n’osait pas y croire, mais nous avons mené une action syndicale exemplaire qui a porté ses fruits. Moralité : il faut toujours y croire ! ». Reste que la CFDT entend « rester très vigilante sur la mise en œuvre concrète de ces annonces », insiste Thierry Muller, délégué syndical central adjoint du groupe. Principale crainte : l’après-2017. « Ces annonces ne risquent-elles pas d’être remises en cause après l’élection présidentielles ? Nous devons nous assurer de leur solidité », déclare Denis Zuzlewski. Pour le secrétaire national de la CFDT-Métallurgie, ce plan d’urgence ne doit par ailleurs pas exonérer le groupe d’« une réflexion stratégique de plus long terme sur la diversification des activités du groupe, une nécessité, et sur les contrats à l’export et leur impact sur l’emploi en France ».

 

Au-delà d’Alstom, gagner la bataille du rail

 

Enfin, la fédération souhaite qu’une réflexion plus globale soit engagée sur la filière, à travers le comité stratégique de filière ferroviaire (CS2F), aujourd’hui en panne. « Le sauvetage d’Alstom est une première étape vers la consolidation et la pérennisation de la filière ferroviaire en France. Mais nous n’avons pas encore gagné la bataille du rail : constructeurs, opérateurs et État doivent se mettre autour de la table pour construire une stratégie nationale industrielle du ferroviaire », analyse Patrick de Cara, qui représente la CFDT au CS2F. « Il ne faut pas oublier l’ensemble des sous-traitants et les autres constructeurs, renchérit Denis Zuzlewski. Si on sauve Alstom mais que ça provoque des coupes sombres chez Bombardier, c’est non. » Un discours manifestement entendu par Christophe Sirugue, qui a annoncé la tenue d’un CS2F « avant la fin de l’année ». Pour la CFDT, l’enjeu est de taille : « Après la Cop 21 et la loi de transition énergétique, rappelle Patrick de Cara, il faut se donner les moyens de tenir les objectifs ambitieux que nous nous sommes fixés et redonner une impulsion au ferroutage. »

 

© Gilles Rolles/Réa

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